La marque de chaussures Paraboot, créée en 1908 sous l’égide de Richard Pontvert, incarne plus d’un siècle d’histoire familiale. Aujourd’hui, Clémentine Colin Richard, accompagnée de sa fratrie, représente la quatrième génération à perpétuer cet héritage. Pourtant, son entrée dans l’entreprise ne s’est pas faite sans défis. Petite, Clémentine rêve de découvrir l’histoire de sa famille, mais son père, soucieux, préfère l’éloigner du monde de l’entrepreneuriat. Ce n’est que quelques expériences professionnelles plus tard, qu’elle réussit à le convaincre de lui laisser sa chance.

Dès sa naissance, Clémentine baigne dans l’univers de la chaussure. Fille de Michel Richard, alors président de Paraboot, elle grandit en Isère à proximité de l’usine familiale. Fondée par son arrière-grand-père, l’entreprise tire son nom du caoutchouc importé du port brésilien de Para. Michel Richard, après avoir repris la marque en difficulté, la transforme en une référence incontournable du secteur.

​​Cependant, cette réussite a un prix : celui d’un père souvent absent, absorbé par les exigences de sa fonction. « Mon père ne parlait jamais de l’entreprise. Cela éveillait davantage ma curiosité, comme un enfant interdit de toucher à un bonbon sur la table », confie l’arrière-petite-fille du créateur de la marque. Elle nourrit très tôt le rêve de découvrir ce qui se cache derrière les murs de l’usine.

Une ascension pas à pas

Malgré son envie, intégrer Paraboot n’est pas une évidence. Michel Richard, soucieux de protéger ses enfants des affres de l’entrepreneuriat, préfère les voir suivre d’autres chemins. Clémentine, déterminée, entame une formation pour devenir chef de produit et se spécialise naturellement dans la chaussure.

Première étape de son parcours : un stage au sein de la maison Hermès. « Un Graal », dit-elle. Cette expérience marquante est suivie d’un passage chez Charles Jourdan, qui conforte sa passion pour le métier. En 2000, forte de ces réalisations, Clémentine franchit enfin les portes de Paraboot. Son premier poste, directrice des réseaux de boutiques, est une victoire en demi-teinte. « Mon père a sûrement donné son accord, mais sans enthousiasme débordant », s’amuse-t-elle aujourd’hui.

“Je n’écoutais pas mon corps”

Une fois dans l’entreprise, Clémentine s’impose une discipline de fer pour prouver sa valeur. En 2004, ses efforts portent leurs fruits : elle se voit confier la gestion des collections. Mais ce double rôle, cumulé à celui de mère de deux enfants et d’épouse d’un mari souvent en déplacement, finit par peser. « Je n’écoutais pas mon corps. Cela m’a menée à un épuisement complet », confie-t-elle. Victime d’un burn-out, autrefois appelé “moment de faiblesse”, elle prend du recul en quittant temporairement ses fonctions.

Après un temps de réflexion, Clémentine revient, mais décide de garder uniquement son rôle de directrice des réseaux des boutiques. Mais à peine commence-t-elle ce nouveau chapitre, qu’un nouveau coup lui tombe sur la tête. En 2013, son père est victime d’un AVC, le laissant dans l’incapacité d’assumer ses fonctions. Les enfants prennent alors une décision courageuse : confier la direction à une personne extérieure, tout en conservant leur rôle d’actionnaires.

Un engagement au service de l’industrie

Mais quitter ses fonctions ne veut pas dire se tourner les pouces. Toujours passionnée par son secteur d’activité, Clémentine se fait élire à la présidence de la Fédération Française de la Chaussure. “Je voulais mettre en lumière les femmes et les jeunes créateurs dans cette industrie.” Être une femme avec ce statut, lui a permis de faire connaître la Fédération plus facilement. “Je me suis servie de l’argument “elle est élue pour l’égalité homme-femme”, pour faire bouger les choses plus rapidement.” Pendant son mandat, elle prend son rôle à cœur et représente l’artisanat et toute la diversité de cette industrie. Un travail hautement salué, puisqu’elle se fait élire à la présidence une deuxième fois.

Contenus réalisés pour le média Les Déviations.

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