Le visage de Guy Tisserant n’est peut-être pas familier pour le grand public, et pourtant, cet homme est l’une des figures majeures du tennis de table handisport en France. Quadruple champion paralympique, il a brillé dans les compétitions internationales bien avant que les médias ne s’intéressent aux Jeux Paralympiques. Mais derrière les médailles et le succès sportif se cache un autre défi : bâtir une carrière professionnelle solide et œuvrer pour l’inclusion.

Né à Charmes, dans les Vosges, Guy Tisserant est touché par la poliomyélite à seulement huit mois, une maladie qui le laisse paraplégique. À cette époque, le handicap est encore très peu pris en compte en France. Confronté au rejet de son collège, sa mère décide de l’inscrire à l’ENPHM de Flavigny-sur-Moselle, un établissement spécialisé où il découvre le tennis de table. Ce sport devient pour lui une passion et une échappatoire. “J’ai tout de suite aimé l’aspect physique, ludique et stratégique de ce jeu,” se rappelle-t-il. Sa motivation, portée par le rêve de devenir champion, le pousse à s’entraîner jusqu’à 25 heures par semaine.

À la surprise générale, je suis devenu champion d’Europe en simple. »

Le niveau de Guy progresse à la vitesse d’un revers et on lui propose de participer à sa toute première compétition handisport. Il se retrouve face au champion de France de l’année précédente. “J’étais stressé, se rappelle-t-il, commencer son premier match contre un champion, c’est particulier.” Mais contre toute attente Guy remporte ce duel. Une première victoire qui va le pousser à s’entraîner davantage et à enchaîner les compétitions. “À la surprise générale, je suis devenu champion d’Europe en simple.”

Jongler entre carrière sportive et professionnelle 

Malgré ses succès sportifs, Guy ne néglige pas son parcours professionnel. Il se forme en informatique et devient développeur puis chef de projet dans une banque. Mais en 1988, l’appel des Jeux de Séoul se fait entendre. Lors de son entretien d’embauche, il annonce qu’il aura besoin d’un mois pour représenter la France aux Jeux Paralympiques. À une époque où le handisport reste largement méconnu, son employeur accepte avec bienveillance. Un coup de chance pour Guy, qui part pour la Corée du Sud avec une ambition sans faille.

À Séoul, à 9000km de chez lui, il connaît des moments mémorables. Le tennis de table est l’un des sports phares de la Corée, et les tribunes sont pleines à craquer. « On a gagné la médaille d’or par équipe devant 5000 supporters coréens déchaînés, » se souvient-il avec émotion. Mais le couronnement de son parcours arrive lorsqu’il décroche l’or en simple. « Ce fut un moment extrêmement fort, gravé à jamais dans ma vie et dans ma carrière.« 

En rentrant de cette expérience, Guy poursuit les entraînements et les compétitions en parallèle de son job dans l’informatique. Une persévérance qui l’amène à devenir numéro un mondial. Mais il est conscient qu’être sportif de haut niveau est un statut très auto-centré et prenant, alors il réfléchit à raccrocher sa raquette. “J’étais partie du principe que j’allais m’arrêter après les Jeux de Barcelone en 92”, se souvient ce multi-médaillé. 

La dernière compet’

Alors que la date de fin de carrière sportive est fixée, son directeur technique fédéral vient modifier ses projets. “Je te propose de finir avec les championnats du monde qui ont lieu à Paris en 98”, lui suggère-t-il. Après réflexion, Guy accepte, avec pour objectif de remporter le seul titre qui manque à son palmarès. Et il y arrive ! “Je savais que c’était fini, que je ne serais plus en équipe de France, se souvient Guy avec nostalgie, mais ça reste un moment incroyable de ma vie.

Sa carrière sportive prend fin, mais pas son amour pour le tennis de table. Il devient président de son club et ouvre avec son épouse une section dédiée aux jeunes et aux personnes en situation de handicap. En cherchant des sponsors, il se rend compte que les entreprises peinent à aborder les questions de handicap en milieu professionnel. C’est un déclic pour Guy : avec sa femme, il fonde en 2004 TH Conseil, un cabinet dédié à l’accompagnement des entreprises vers l’inclusion. De 2004 à 2022, Guy Tisserant consacre son expertise à favoriser la diversité et l’égalité des chances en entreprise. Puis, en 2022, il rejoint la Fédération Française Handisport en tant que trésorier adjoint et gère les partenaires, événements et formations. « La Fédération m’a tant apporté tout au long de ma carrière. Aujourd’hui, c’est à moi de lui rendre la pareille.”

Le podcast :

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