Richard Abou-Azan n’avait d’autre choix que l’exil. En 2011, dès les premières heures du Printemps arabe, il s’engage aux côtés des révolutionnaires syriens pour protester contre le régime de Bachar Al-Assad. Animé par la volonté d’informer, il embrasse une carrière de journaliste. Mais ses articles dérangeants le placent rapidement en danger, le contraignant à fuir son pays pour la France en 2019.

Les débuts d’une longue révolution

Avant que l’Histoire ne le rattrape, Richard envisage une carrière commerciale. Après une expérience dans l’entreprise familiale de chaussures, il se prépare à intégrer le secteur du textile. Mais en Syrie, le service militaire est obligatoire, et l’oblige à mettre sa carrière en pause.

Alors qu’il effectue son service, les soulèvements populaires embrasent la Tunisie et l’Egypte. Inspirés par ces révolutions, de jeunes Syriens manifestent leur colère en taguant les murs. Leur arrestation et leur torture par les forces de sécurité déclenchent une vague de contestation nationale.

Coupé du monde extérieur, Richard ne comprend pas immédiatement l’ampleur des événements. Mais en rejoignant sa famille dans les manifestations, il est témoin des exactions commises par ses confrères, soldats. Ne pouvant cautionner cette violence, il prend la décision radicale de déserter.

Une plume sous haute surveillance

Forcé de se cacher pour éviter des représailles mortelles, Richard coupe tout contact avec l’extérieur pendant huit mois. Pour occuper son isolement, il commence à écrire aux côtés de son oncle journaliste“Aucun reporter étranger n’est autorisé en Syrie. Informer devenait un devoir”, raconte le Damascène. L’arrivée de l’Armée syrienne libre lui permet de quitter sa cachette, mais la situation se complexifie avec l’arrivée de groupes jihadistes.

Richard décide alors de documenter cette nouvelle menace. “Lorsque j’ai été contraint de fuir Damas en 2017, les jihadistes m’ont retrouvé et menacé de mort”, confie-t-il. Pour sa sécurité et celle de sa famille, il part en Turquie. Un exil qui lui coûte 8 000 dollars et lui fait tout abandonner : son foyer, son pays, ses souvenirs. Suivant les conseils d’un ami de Reporters sans frontières, il demande et obtient un visa pour la France.

Une renaissance en France

Le 27 novembre 2019, Richard, sa femme et leurs deux enfants atterrissent à l’aéroport Charles-de-Gaulle. “Je ne connaissais de la France que la Tour Eiffel et le fromage”, plaisante-t-il. Mais au-delà du choc culturel, ce nouveau départ est une bouffée d’oxygène. Après des années sous la menace de mort, il recrée une confiance envers les gens.

Il met pourtant un terme à sa carrière de journaliste et choisit de se reconvertir. Diplômé d’un master en communicationinternationale, il intègre Intuis, une entreprise française spécialisée dans le confort thermique. “Je me lève chaque jour en me disant que je vais œuvrer pour le bien de la planète”, confie-t-il. Une conviction qui l’animait déjà lorsqu’il militait pour la liberté de la Syrie.

Quelques mois après notre entretien, Richard nous annonce une nouvelle victoire : il est officiellement devenu citoyen français. La récente chute de Bachar Al-Assad ravive en lui un espoir : celui d’un futur paisible pour son pays natal.

Contenus réalisés pour le média Les Déviations.

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